04.12.2011
Eucharistie et pacte social (réhabiliter Jean-Jacques)
"La communion et l'excommunication sont le pacte social du clergé, pacte avec lequel il sera toujours le maître des peuples et des Rois. Tous les prêtres qui communiquent [i.e. communient] ensemble sont concitoyens, fussent-ils des deux bouts du monde. Cette invention est un chef-d'oeuvre en politique. Il n'y avoit rien de semblable parmi les Prêtres payens; aussi n'ont-ils jamais fait un corps de Clergé".
Rousseau, Du Contract Social, Livre IV, p.463, note *.
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23.08.2011
Manifeste, extrait 1.
« On ne changera pas ce pauvre monde en reposoir de la Fête-Dieu », disait Bernanos. Il serait en effet vain d’œuvrer à l’édification d’une théocratie catholique. Non pas parce que ce n’est pas possible. Mais parce que de toute façon ce ne saurait être notre tâche, à nous laïcs. Le laïcat exige que nous animions spirituellement l’ordre temporel, pas que nous le spiritualisions, et a fortiori pas que nous temporalisions l’ordre de l’Esprit. Que l’Etat reste laïc, mais que les laïcs y prennent part. Le laïcat, c'est-à-dire l’œuvre spécifique des catholiques en tant que citoyens, suppose la laïcité, soit la distinction institutionnelle entre l’Eglise et l’Etat.
Cette distinction entre Eglise et Etat concerne les institutions, pas le cituoyen. Elle met le prêtre hors du champ d’action politique, pas le laïc. Tout au contraire le laïc est doublement appelé à faire entendre sa voix ; par sa vocation à faire entendre l’Evangile[1] d’une part, par l’exigence de citoyenneté d’autre part. Le laïc ne doit nullement se soumettre à une existence de catacombe, dans laquelle sa foi serait du domaine privée. Si la foi est pour lui déjà une résurrection, elle concerne tout son être, pas seulement son mythique être privé, difficile à délimiter, et qui n’est limitée qu’au prix d’un totalitarisme qui ne dit pas son nom. En effet, pourquoi les catholiques ne seraient-ils pas des citoyens comme les autres ?
Il est grand temps que les catholiques exposent publiquement, à la face du monde entier, leurs conceptions, leurs buts et leurs tendances ; qu’ils opposent à la légende du spectre du catholicisme un manifeste du parti lui-même. Si l’on considère les catholiques avec leurs prêtres et leur clergé, ils sont une religion ; mais si on ne regarde que les seuls laïcs, alors ils peuvent être un groupe social, ils peuvent former une masse capable et fondé à peser dans les décisions politiques au nom de valeurs universelles.
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Les catholiques et le monde moderne
La civilisation moderne tout entière, la société française surtout, avec ses infirmités morales et ses splendeurs matérielles, me représente ce mendiant estropié que saint Pierre et saint Jean rencontrèrent à cette porte du temple qu’on nommait la porte Belle par excellence. Au milieu de ces magnificences, le pauvre infirme demandait l’aumône pour vivre. Saint Pierre, le chef de l’Eglise, le vicaire du Christ, lui dit : Regarde-nous, Respice in nos ; regarde en nous la puissance et l’amour, l’infaillible autorité et l’inépuisable charité. Et comme il les regarde en espérant quelque don, le prince des apôtres reprend : Argentum et aurum non est mihi : nous n’avons point à t’offrir cette richesse, ce bien-être, seul objet de tes désirs, et qui les trompera toujours ; mais ce que nous avons, nous te le donnons : Quod autem habeo, hoc tibi do ; nous te donnons la vérité et la vie. Au nom de Jésus de Nazareth, lève-toi et marche, Surge et ambula. Et, lui tendant la main, il le souleva ; et sur-le-champ, dit l’Ecriture, les bases de cet hommes furent consolidés : Et protinus consolidarae sunt bases ejus et plantae. C’est ainsi et seulement ainsi que la société moderne sera sauvée. Si elle veut regarder l’Eglise, si elle veut lui demander l’aumône de la vie et de la vérité, saisir cette main douce et forte qui lui est toujours tendue, elle vivra, elle se redressera, elle se rassoira sur sa base, elle cessera d’être chaque jour ébranlée dans ses fondements : Et protinus consolidarae sunt bases ejus et plantae. Sinon, elle languira, elle périra ; et sa décomposition ne fera que s’accroitre, même au sein de ces intervalles de repos qui ne sont, comme on l’a dit, qu’une halte à travers les ravages.
Montalembert, Des Intérêts des Catholiques au XIXème siècle.
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